Les candidats du HackAudit peuvent constituer des équipes de 1 à 5 étudiants ou collaborateurs de cabinet de commissaire aux comptes. En 2021, un candidat seul avait réussi à se hisser en finale. En 2025, pour la première, une candidate seule à réussi à remporté le HackAudit. Cette étudiante d’Epitech Paris, Khady Ba (projet AI Control), a bien voulu répondre à nos questions.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de participer au HackAudit ?
Khady BA : Je Ce qui m’a donné envie de participer au HackAudit, c’est l’opportunité de réfléchir concrètement à l’avenir de l’audit, un métier dont je n’avais aucune connaissance jusqu’à ce concours. La profession évolue rapidement, notamment avec l’arrivée des technologies d’analyse de données et de l’intelligence artificielle. Ce concours permet justement de prendre du recul sur les pratiques déjà en place et d’imaginer comment ces outils peuvent accompagner le travail de l’auditeur tout en respectant les exigences de rigueur et d’indépendance qui caractérisent la profession.
C’était aussi une occasion unique de confronter une idée à des professionnels expérimentés et de voir si elle pouvait réellement répondre à des problématiques rencontrées sur le terrain.
Y a-t-il une anecdote ou un moment drôle qui a marqué votre aventure pendant le HackAudit ?
Khady BA : Un moment assez marquant a été lorsque j’ai commencé à tester les premiers scénarios du chatbot. Certaines réponses générées révélaient des incohérences volontairement intégrées dans les cas de test, et le système détectait des situations de cumul de fonctions assez improbables. Cela m’a fait rire et je me suis rendue compte à ce moment-là que l’humain est en effet plus intelligent que la machine et que l’IA ne sait que ce que nous lui donnons comme informations en fonction du modèle d’entraînement mis en place.
Ce genre de moment est intéressant parce qu’il montre que derrière un projet technologique, il y a aussi beaucoup de tests, d’essais et parfois des surprises.
Pouvez-vous nous présenter votre projet en quelques mots ?
Khady BA : AIControl est un assistant conversationnel interne conçu pour accompagner l’auditeur dans la phase de compréhension du contrôle interne d’une entité.
Concrètement, le système guide l’auditeur à travers un ensemble de questions structurées par cycle (achats, ventes, trésorerie, paie,…). Les réponses sont analysées afin d’identifier certaines incohérences ou zones de risque, puis une synthèse structurée est générée pour le dossier d’audit et soumise à la validation de l’auditeur pour être transmise au client.
L’objectif n’est pas de remplacer le jugement professionnel de l’auditeur, mais de structurer la collecte d’informations et d’améliorer la traçabilité des travaux.
Comment avez-vous eu l’idée de ce projet ?
Khady BA : L’idée est venue d’un constat assez simple: en me renseignant sur le sujet, j’ai compris que, dans la pratique, la phase de compréhension du contrôle interne repose encore beaucoup sur des questionnaires statiques ou des entretiens peu structurés.
Cela peut entraîner des oublis, des redondances ou une hétérogénéité dans la manière de documenter les informations.
Je me suis donc demandé comment un outil conversationnel, basé sur une logique d’arbre de décision et de détection de cohérences, pourrait aider l’auditeur à structurer cette phase tout en conservant un contrôle humain permanent.
Avez-vous rencontré des difficultés pendant le développement du projet ? Comment les avez-vous surmontées ?
Khady BA : Le principal défi a été de mener ce projet seule. Cela impliquait de gérer à la fois la réflexion métier, la conception technique, la structuration du POC et la préparation de la présentation.
Une autre difficulté était de trouver le bon équilibre entre innovation technologique et exigences professionnelles. Dans un domaine comme l’audit, il est essentiel que les outils respectent les principes de confidentialité, de traçabilité et de responsabilité.
Pour y répondre, j’ai construit le projet autour d’un principe fondamental : l’IA assiste l’auditeur, mais aucune conclusion n’est produite sans validation humaine.
Je me suis également beaucoup renseignée sur le métier, les réglementations et exigences. De plus, j’ai beaucoup échangé avec mon mentor Monsieur Christophe Rambeau. Son regard expert et ses orientations stratégiques ont été déterminants dans la structuration et la consolidation de cette démarche.
Comment s’est déroulée l’ambiance pendant la finale ?
Khady BA : L’ambiance était à la fois très stimulante et bienveillante. On sentait que chaque équipe avait investi beaucoup d’énergie dans son projet, mais les échanges restaient très ouverts.
C’était aussi l’occasion de découvrir des approches très différentes autour de l’innovation dans l’audit, ce qui rendait la finale particulièrement enrichissante.
Y a-t-il un moment marquant que vous retiendrez particulièrement de cette finale ?
Khady BA : Le moment le plus marquant a évidemment été l’annonce des résultats. Entendre le nom de mon projet a été une émotion très forte, surtout après tout le travail investi (je suis encore sous un petit nuage 🙂 ).
Mais au-delà du résultat, ce que je retiendrai surtout, ce sont les échanges avec les professionnels du métier et les autres participants autour de l’avenir de la profession.
Quelle est, selon vous, la place de l’innovation technologique dans le domaine de l’audit aujourd’hui ?
Khady BA : L’innovation technologique occupe aujourd’hui une place essentielle dans l’évolution de l’audit. Les volumes de données augmentent, les organisations deviennent plus complexes et les attentes en matière de transparence sont de plus en plus fortes.
Les technologies comme l’analyse de données ou l’intelligence artificielle peuvent aider les auditeurs à mieux structurer leurs travaux, à détecter plus rapidement certaines anomalies et à concentrer leur temps sur les analyses à plus forte valeur professionnelle.
Cependant, ces outils doivent toujours rester au service du jugement professionnel et leurs évolutions doivent être supervisées par un comité de surveillance et les équipes doivent être formées sur l’utilisation de ces outils.
Quels sont, selon vous, les ingrédients clés pour réussir dans ce type de concours ? Qu’est-ce que vous feriez différemment ?
Khady BA : Selon moi, trois éléments sont essentiels : une idée qui répond à un problème réel, une approche structurée et une bonne capacité à expliquer simplement un projet parfois technique.
Il est important de toujours garder en tête l’utilisateur final, en l’occurrence les professionnels de l’audit.
Si je devais refaire ce projet, j’essaierais peut-être d’intégrer encore davantage de démonstrations interactives pour illustrer concrètement le fonctionnement de la solution. J’aurais également intégré la possibilité de générer un rapport excel (comme pour le cycles de ventes, d’achats) pour faciliter l’analyse des données quantitatives.
Si vous deviez donner trois conseils essentiels à une équipe qui participe pour la première fois au HackAudit, quels seraient-ils ?
Khady BA : Je donnerais trois conseils :
- D’abord, partir d’un problème concret rencontré dans la pratique de l’audit. Les solutions les plus convaincantes sont celles qui répondent à un besoin réel.
- Ensuite, rester simple dans l’explication et l’élaboration du projet. Même une idée complexe doit pouvoir être expliquée clairement et ne pas oublier que l’objectif n’est pas seulement de présenter une technologie, mais de montrer comment elle peut s’intégrer dans les pratiques professionnelles et améliorer la qualité des missions.
- Enfin, croire en soi et ne pas se donner des limites (la leçon que j’ai moi-même appris de ce HackAudit).
Merci beaucoup Khady !
Propos recueillis le 13 mars 2026, par Frédéric Campart pour le HackAudit.